Spectacles, mondialisation et médias

En dehors de leurs aspects ludiques, les spectacles ont toujours représentés un outil pour la gouvernance d’une société. Déjà au temps des romains, les arènes et les combats de gladiateurs permettaient de canaliser les colères, de valoriser l’empire et de mettre en exergue les sacrifices volontaires consentis par de grands combattants à leur chef. Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, de l’internet et des nouvelles technologies en tout genre, les rassemblements tels que le mondial de foot, prennent une autre dimension et provoquent des impacts planétaires sans précédent.
Spectacles et enjeux sociaux
En observant les répercussions médiatiques et sociales engendrées par certaines compétitions sportives telles que les championnats de football mais aussi de tennis et dans une moindre mesure de handball ou encore de rugby, on perçoit intuitivement qu’il s’y joue autre chose qu’un simple temps ludique. Afin de s’en convaincre et de percevoir la portée de ces évènements, il suffit de constater la présence des hommes politiques à chaque évènement sportif où la nation est représentée.
Pour penser cette réalité, il est intéressant de faire référence aux travaux de Guy Debord[1]. Pour ce dernier, « le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes médiatisé par des images. » Tout rapport social comprend des objectifs et des effets. Quels sont donc ceux de tels spectacles sportifs mondialisés ?
Il faut en effet considérer que des personnes investissent de très importantes sommes d’argent, à la fois dans la vie de leur équipe et dans les supports de communication. Celles-ci, qui d’ailleurs ne sont pas, pour la plupart, issues du monde sportif, ont donc vraisemblablement d’autres perspectives que la simple réussite de leur équipe favorite. A ce titre, on parle d’une médiatisation socio-technique des images, c’est-à-dire produite par les nouvelles technologies et utilisées socialement par des acteurs avec des pouvoirs intéressés[2].
Consommateur ou acteur ?
La diffusion des évènements sportifs ou encore des compétitions entre chanteurs et artistes s’accompagnent toujours d’une forte médiatisation à laquelle sont désormais associés des évènements commerciaux et/ou populaires. Nous pouvons citer les promotions organisées par les grands magasins autour des ventes des téléviseurs à l’occasion de la coupe du monde ou encore les applications permettant aux spectateurs de supporter leur candidat favori, à grand renfort d’envoi de sms.
La mondialisation de ces spectacles usant de tous les supports technologiques, a donc une visée commerciale évidente. Il s’agit de transformer le ‘monde’, c’est-à-dire le ‘social’, en un ensemble de spectateurs consommateurs, dociles et dépendants de ces mouvements. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater les audiences toujours plus importantes de ces émissions ou encore les succès commerciaux des produits dérivés qui y sont associés sans pour autant avoir été modifiés: téléviseurs, nous l’avons dit, mais aussi céréales, bières ou encore parfum à l’effigie de ces stars sportives ou de telé-réalité…
Pourtant, en y regardant de plus près, et peut-être dans un second temps, on remarque des mouvements qui se distinguent : des groupements de supporters qui prennent position, qui critiquent, bref, énoncent une pensée qui se différencie de la masse de consommateurs recherchée. Les nouvelles technologies et la médiatisation mondialisée de ces évènements entrainent des sortes de conversations elles-aussi mondiales, des prises de parole diffusées sur la planète, des ‘je’ et des ‘tu’ transcendés.
Vers un possible épanouissement ?
Il est peu commun de lire des articles présentant une vision positive de cette effervescence massive autour de grands spectacles. Pourtant, à regarder l’impact des nouvelles technologies dans les révolutions des printemps arabes (pour ne citer que cet évènement), on est contraint de reconnaitre que la mondialisation des systèmes de communication n’a pas que des effets néfastes. Cette conséquence heureuse s’observe aussi parfois autour des spectacles mondialisés.
Les images peuvent en effet saisir sur le vif la beauté de certaines rencontres, la portée de certaines paroles et ainsi susciter une admiration commune et planétaire. Il en est de même en ce qui concerne les scènes dramatiques ou des évènements insupportables, qui, usant de la portée des nouvelles technologies, décuplent la force de l’indignation populaire.
Tous sommes alors subjugués, emportés par cette sorte de communion presque mystique. Au-delà de ces mouvements ainsi immortalisés, c’est bien l’ouverture du champ des possibles qui est alors accessible à tous : nous voyons qu’une autre voie/x est possible. Cette force aperçue et immortalisée dans les images, peut alors être ramenée à la conscience de chacun et ainsi engendrer des effets en chacun d’entre nous.
N’est-ce pas là le fondement même de l’espèce humaine que d’être capable de se distinguer, de se dépasser, bref, de rechercher quoiqu’il en coûte et quelle que soit la situation, cette espace de liberté ?
[1] Guy Debord est un écrivain, essayiste et révolutionnaire français qui vécut de 1931 à 1994. Son œuvre, « la société du spectacle » eut un retentissement considérable après les évènements de mai 68.
[2] Analyse issue des propos de Gaston Pineau, professeur émérite de l’université de Tours