Psychologie

Médiatisée par les vagues de suicides au travail, l’existence des situations de souffrance au travail est désormais connue par  la plupart des français. Pourtant, malgré ces avancées, nombreux sont ceux qui considèrent encore les maux du travail comme le signe de faiblesses individuelles ou adressent aux psychologues du travail, des salariés pour lesquels des troubles du comportement ont été identifiés. Ces réactions démontrent une véritable méconnaissance du métier et des compétences du psychologue du travail mais encore davantage une ignorance patente de la place du travail dans la santé individuelle. Pour tenter d’y voir plus claire, nous vous proposons une série d’articles présentant les différentes facettes de ce métier récent et en forte évolution.

Comment arrive-t-on chez le psychologue du travail ?

Monsieur T. prend contact auprès du psychologue du travail de son service de santé au travail après des inquiétudes répétées de son entourage : ses collègues craignent de le voir s’effondrer et ne savent plus comment l’aider.  Il arrive à l’entretien sur la réserve : il a peur du regard qui sera porté sur sa situation mais surtout de dévoiler les tourments dans lesquels son esprit est plongé. Devient-il fou ? Consulter un psychologue n’en est-il pas d’ailleurs une preuve évidente ?

Cette description de « l’arrivée » en consultation pourrait être rapportée par tous les psychologues, quelle que soit leur spécialité. Dans tous les cas, les personnes qui s’adressent à eux sont aux prises avec des souffrances ou des incompréhensions, peu les sollicitent sans crainte et beaucoup considèrent ce rendez-vous comme une dernière chance, une sorte de spécialiste à contacter en dernier recours, une fois que toutes les ressources possibles ont été mobilisées.

Pourtant, lorsqu’il est en entreprise, sa proximité peut faciliter la prise de contact. Le simple fait de mettre un visage sur un nom, de croiser le psychologue à différents moments formels et informels, d’appréhender les contours de son lieu de travail… tout cela participe à une démystification d’une fonction qui fait encore malheureusement souvent peur. De même, un discours répété insistant sur la nécessité d’une adaptation du travail à l’Homme (et non l’inverse) participe à réduire la culpabilité ou la honte souvent ressenties lorsque des salariés sont touchés par la souffrance.

Les maux sont-ils moindres ?

Monsieur T. débute l’entretien par les difficultés qu’il rencontre dans son travail : après une altercation avec un collègue deux ans plus tôt, ses relations professionnelles se sont envenimées jusqu’à ce qu’il occupe aujourd’hui une place de bouc-émissaire. Il parle de refus de lui dire bonjour, de regards haineux ou encore de critiques répétées. Vraisemblablement, le collectif de travail s’est soudé autour de son rejet, le ciblant à la fois comme source de leur surcharge de travail et à la fois comme exécutoire aux violences internes au groupe. Une intervention sur ce collectif semble nécessaire afin de modifier sa dynamique interne mais comment conjuguer cette action avec celle de la prise en charge de Monsieur T. ?

Ces symptômes semblent en effet particulièrement importants : à la dégradation de l’estime de soi et à l’hypervigilance constatées dans la plupart des cas similaires, s’ajoutent une angoisse aigue qui envahit toutes les sphères de sa vie et se manifestent à tous moments de la journée. Des cauchemars extrêmement violents comblent ses nuits, des pleurs s’imposent et des douleurs diffuses et variées courent sur l’ensemble de son corps. Bientôt la vie personnelle de Monsieur T. est elle-même envahie par ces troubles : l’irritabilité envenime ses relations familiales tandis qu’un sentiment d’impuissance s’insinue chez son épouse qui ne parvient pas à l’aider et souffre de le voir ainsi. Le tableau clinique qu’il présente s’aggrave tant il apparaît que l’ensemble de ses ressources, internes, familiales, professionnelles, est atteint. La situation d’isolement est totale. Dans de telles situations, des démarches sont nécessaires pour mettre le sujet sous protection, rejetant alors l’intervention sur le collectif de travail à un second temps.

Le psychologue du travail soigne-t-il ?

Au fil des entretiens, l’intuition clinique se valide. Monsieur T. délaissera progressivement les évènements professionnels pour consacrer nos échanges aux vécus de son enfance. C’est en mobilisant la technique de l’association libre, règle fondamentale de la cure psychanalytique, que ses pensées parviennent à évoquer un évènement particulier. Le travail est en effet bien plus qu’un temps consacré à une entreprise en échange d’une rémunération. Il est l’un des socles de l’identité car il offre une place dans la société et un moyen de se présenter aux autres. Dans les familles, il constitue aussi l’un des enjeux des relations inter-générationnelles.

En évoquant sa situation professionnelle et ses relations dégradées, Monsieur T. parle de ce travail qui n’a jamais été celui qu’il désirait. Son choix s’y est orienté parce qu’il lui permettait d’offrir une situation sécurisante à sa famille. En explorant le lien entre ses attaques d’angoisse et ce thème de la sécurité amené au sein de l’entretien, les échanges permettront de remonter à un incident passé impliquant son frère. Jeune à cette époque, il avait constaté les ravages d’un de ses actes violents et ses conséquences sur ses parents, dévastés de chagrin. Monsieur T. s’était alors refermé sur lui-même, refusant de les exposer à ses maux par volonté de les épargner. Il avait aussi renoncé à exercer le métier de policier, pourtant au cœur de ses désirs, ressentant, sans parvenir à le réfléchir du fait de son jeune âge, qu’une telle orientation serait insupportable pour une famille qui surmontait cette épreuve en rejetant la faute sur une justice pensée comme injuste…

Voici donc l’origine des symptômes si violents dont souffrait Monsieur T. : l’altercation agressive qui était survenu deux ans plus tôt sur son lieu de travail, avait résonné bien davantage qu’une simple dispute entre collègues. Elle a fait ressurgir la violence de cet évènement familial, les relations entre ‘pairs’ professionnels réamorçant celles de son enfance.

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