"Mon patron est tyrannique"
Comment distinguer les conduites qui relèvent de l’exigence ou de la maniaquerie de celles qui reflètent le comportement d’un véritable tyran ?
Description du tableau
Le respect de procédures rigides, des relations autoritaires, des exigences sans fondement, l’absence de savoirs sociaux, l’insatisfaction chronique ou encore l’instauration d’un climat agressif sur le lieu de travail sont les signes du comportement obsessionnel des ‘patrons-tyrans’.
Dans ces relations marquées par la sécheresse affective et la multiplication des critiques, le salarié tente généralement de satisfaire son responsable en veillant au respect des procédures et en adoptant une position pacificatrice pour désamorcer le climat agressif. En effet, dans le contexte de chômage de masse que nous traversons, beaucoup redoutent la perte de leur emploi et développent une conduite d’évitement des conflits dans le travail.
Face à la soumission relative ou effective de son salarié, le véritable tyran ne cesse aucunement ses agissements. A l’inverse, il intensifie sa conduite et entre dans une véritable persécution : des rituels de vérification obsessionnelle s’installent (par exemple, mesure systématique de la distance du timbre au bord de l’enveloppe), ainsi qu’une surveillance accrue (fouille dans les poubelles, écoute des conversations téléphoniques, note des horaires d’arrivée et de départ à la minute près etc…).
Progressivement l’employeur développe une volonté systématique de nuire à son salarié : refus de congés, transmission des informations quelques minutes avant la fin de journée, humiliations répétitives etc…
Les mécanismes de la tyrannie
Si le caractère obsessionnel du patron tyrannique apparaît clairement au travers de la multiplication des procédures rigides sans lien avec la réalité du travail, son sadisme est souvent minimisé voire méconnu. Pourtant, c’est bien la confrontation à la souffrance de l’autre qui apporte la jouissance au tyran.
Ainsi, les attitudes de soumission et d’évitement des conflits adoptées par le salarié accentueront encore les pressions morales car elles le privent de l’expression de souffrance qu’il recherche. Plus l’objet de refuse, plus la pulsion s’accentue.
Dans ce climat de harcèlement moral, le salarié développe classiquement une attitude d’hypervigilance, de surinvestissement de la qualité de travail ainsi qu’une position défensive. Ce faisant, il perd sa capacité à penser et ne perçoit plus le caractère pathologique de son responsable. Cette situation aboutit généralement à un effondrement anxio-dépressif.
Se protéger ?
Les recherches et thérapies menées auprès des victimes ont démontré qu’il n’existait pas de moyen, pour le salarié, de prévenir ces agissements et de s’en protéger. En effet, même avec un suivi médical et thérapeutique régulier par des professionnels compétents en matière de harcèlement moral, la récurrence des décompensations est inévitable. A termes, la situation d’impasse psychique s’avère la plus forte.
Face à de telles personnalités, se protéger consiste donc à fuir, c'est-à-dire à quitter son emploi. Toutefois, conserver sa capacité de penser et prendre du recul sur les exigences imposées permet d’identifier le caractère pathologique et protège ainsi l’estime de soi. Enfin, le salarié doit renoncer à toute attente de reconnaissance envers son hiérarchique sous peine d’entrer dans le processus de harcèlement.