Psychologie

De tous les lieux que doit fréquenter un adolescent, l’école est sûrement celui qui cristallise le plus les difficultés qu’il rencontre dans sa vie quotidienne. En plus, d’être un espace qui lui impose des règles, il est aussi celui qui le dilue le plus dans le collectif et le livre au jugement de ses pairs. Obligatoires jusqu’à 16 ans, les établissements scolaires sont parfois désertés par les jeunes en mal de sens.

Le temps de l’insu

L’adolescence est marquée par la résurgence des questions infantiles métaphysiques sur le sens profond de l’existence, la morale et l’articulation plaisir/déplaisir. C’est un moment où les capacités de pensée du jeune sont parfois entièrement dirigées vers la résolution de ses conflits intérieurs. Il est à la recherche d’un sens qui ne peut advenir que par l’expérimentation des exigences de ses instances psychiques (moi, ça, surmoi, idéal), puis leur équilibrage. Chacun a la nécessité impérieuse de trouver un compromis qui lui est propre. C’est lui qui formera pour le reste de sa vie le socle de sa personnalité et par extension de son identité. Pour prendre une image, l’adolescent est le metteur en scène d’une pièce dont il ne connaît encore vraiment ni les personnages ni les textes. Pour autant, il est en tension quant au fait de devoir réussir son œuvre.

Il doit apprendre quand  il veut comprendre

Pris dans ces remaniements, le scolaire lui réclame d’être disponible à l’apprentissage. Certains psychanalystes se sont intéressés à l’apprentissage et ont démontré qu’il était le fruit d’une position psychique (Bion) que l’adolescent peine à maintenir : la capacité à digérer l’information pour qu’elle soit mémorisée (refoulée). Or l’adolescent doit déjà assimiler nombres informations en provenance de son monde interne et ses professeurs lui en apportent d’autres encore. Quand l’adolescent ne peut plus apprendre, il présente l’équivalent d’une « indigestion psychique ». Ses besoins ont à être entendus avant qu’il ne se dégoûte de tout apprentissage. Face à l’échec, il opte en effet le plus souvent pour l’évitement voire la fuite. L’absentéisme scolaire prend ici, la forme d’une fugue. Le sujet se soustrait à ses responsabilités puisqu’il ne peut y faire face.Par ailleurs, le jeune n’est pas en demande d’apprendre. Il est à la recherche de ce qui pourrait l’aider à discriminer puis utiliser les perceptions anarchiques qu’il a de son corps et de ses processus de pensée. Ils sont donc nombreux à préférer les cours pratiques ou ce qui a un sens immédiat dans leurs vies. Ils se détournent alors souvent des matières dites fondamentales (mathématiques, physique abstraite, …). Ils doutent en réalité de l’intérêt qu’elles peuvent avoir pour eux, là où ils en sont. L’adolescent révèle dans ses choix qu’il est un être calé dans l’immédiateté et le pragmatisme, fut-il hermétique aux adultes.

L’école ou la maison, quelle excitation ?

Quand l’adolescent ne part plus en cours, il est courant de le voir rester au lit, à dormir parfois quasiment tout le jour. Outre le fait qu’il se couche souvent très tard, ce qui décale d’autant son heure de lever, s’y lit une tentative d’auto-soustraction à des objets qui potentialisent son excitation. En dormant, il espère en finir avec la poussée de sa libido. Il semble nous dire que sous la couette, au moins, personne ne vient le déranger, c’est-à-dire l’exciter. En fait, il nous montre qu’entre deux sources d’excitation (les objets parentaux et les pairs), il ne se sent capable que de gérer ceux qu’il connaît déjà. Si la maison n’est plus la retraite désexualisée de la période de l’enfance (latence), elle reste moins pourvoyeuse de tumulte libidinal que la fréquentation des copains et copines.

Le sortir pour s’en sortir

Lors de cette réduction du champ de ses activités, l’adolescent semble impossible à mobiliser. Trop souvent, nous, les adultes, avons tendance à nous appuyer sur une règle extérieure, la Loi pour effectuer une pression sur le jeune. Ce faisant, nous accréditons le fait que notre autorité n’a plus cours. La règle ne vient pas de ce que la scolarité est obligatoire jusqu’à 16 ans mais quand nous arrivons à lui faire prendre conscience que c’est au dehors du cercle familial que se trouvent les solutions qu’ils cherchent. Eventuellement, dans un environnement qui propose une structure alternative (établissement scolaire, monde du travail, clubs sportifs, internat, …).C’est avec ce changement que se termine réellement le complexe œdipien : les adolescents vont chercher ailleurs de nouveaux objets d’amour. Mais pour que la substitution opère, il est nécessaire que ses possibilités d’investissement soient libérées. En réalité, les adolescents sont entrés dans un processus de deuil qui doit les mener à quitter leurs parents. De leur côté, les parents doivent être en mesure de lâcher leurs jeunes pour qu’ils puissent explorer l’ailleurs. Les adolescents, s’ils sèchent les cours, ne souhaitent que rarement mettre à mal leur scolarité. Ils essaient surtout de profiter encore un peu de la structure et de l’environnement de la famille qu’ils se savent devoir inexorablement quitter pour devenir adultes. Ils essaient aussi d’attirer le regard sur ce qui fonde une grande part de leur vie : la mutation interne qu’ils traversent. Ils élisent alors l’école comme lieu d’expression du symptôme car elle est en même temps un investissement parental fort.
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