Psychologie

Le mal-être psychique est souvent vécu comme un fardeau sans nom, une angoisse sourde, une tristesse persistante que rien ne semble expliquer. Pourtant, pour la psychanalyse freudienne, ce malaise a un sens. Il est le reflet d’un conflit intérieur entre les différentes instances du psychisme. Et si la résilience ne consistait pas à « surmonter » ce mal-être, mais à lui donner une voix ?

Le mal-être, symptôme d’un conflit psychique

Freud voyait dans le symptôme une formation de compromis. Il n’est ni absurde, ni gratuit : il est la traduction déguisée d’un conflit entre les désirs inconscients (le Ça), les interdits sociaux et moraux (le Surmoi), et la partie consciente de la personnalité (le Moi).

Le mal-être ne serait donc pas une simple « panne » psychologique, mais l’indice d’une tension interne, souvent ancienne, réactivée par des événements de vie. Une dépression, par exemple, peut être liée à une perte, réelle ou symbolique, qui réveille des blessures infantiles, ou à une agressivité retournée contre soi.

Dans cette optique, comprendre le mal-être, c’est chercher à en décrypter les causes inconscientes plutôt que de le faire disparaître à tout prix.

Résilience et élaboration psychique

Si Freud n’emploie pas le terme « résilience », la psychanalyse qu’il fonde propose pourtant une voie de transformation. Elle passe par le travail de mise en sens : mettre des mots là où il y avait du silence, élucider les conflits refoulés, reconnaître les désirs enfouis.

Ce processus d’élaboration psychique permet peu à peu au sujet de redevenir acteur de sa vie psychique. Il ne s’agit pas de nier la souffrance, mais de la traverser pour en comprendre la logique intime. Cette traversée — douloureuse mais nécessaire — constitue une forme de résilience, non spectaculaire, mais profondément structurante.

Le rôle central de l’histoire infantile

Pour la psychanalyse freudienne, les racines du mal-être s’enracinent souvent dans l’enfance. Les premiers attachements, les frustrations, les désirs inassouvis ou les traumatismes précoces façonnent notre manière d’être au monde. Le sujet adulte continue de rejouer, souvent à son insu, ces scènes primordiales.

La résilience implique alors une mise en lumière de cette histoire subjective. Non pour s’y enfermer, mais pour s’en libérer en comprenant comment elle influence les choix, les répétitions, les relations.

Parler pour se réparer

La parole est au cœur de l’approche freudienne. Parler, dans un cadre analytique, permet de faire émerger ce qui était jusque-là muet, refoulé, interdit. C’est dans ce mouvement — parler, associer librement, laisser surgir l’inconscient — que peut s’opérer une forme de réparation.

Cette démarche ne propose pas de solutions immédiates. Elle suppose un certain courage, celui de faire face à ce que l’on préfère ignorer. Mais elle ouvre aussi à une résilience profonde : celle de pouvoir vivre avec son histoire, non plus comme une fatalité, mais comme un matériau à transformer.

Se relever, ce n’est pas oublier, c’est comprendre

La résilience, du point de vue freudien, ne consiste pas à tourner la page, mais à pouvoir relire l’histoire de sa vie avec d’autres yeux. Elle n’efface pas le passé, elle le réinterprète. Elle permet d’accepter les limites, les pertes, les contradictions de la condition humaine.

Dans un monde où le mal-être est souvent médicalisé ou minimisé, la psychanalyse nous rappelle qu’il peut être un signal à entendre, une invitation à penser autrement notre rapport à nous-mêmes. Et que c’est dans cet effort de compréhension que commence, peut-être, le chemin de la guérison.

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