Psychologie

« A l’annonce de la fermeture, j’y croyais pas, j’étais assommée. J’ai regardé mon mari à trois reprises, j’avais la peur au ventre ».
 

Il y a ceux qui partent

Le travail représente le point d’ancrage de la personne dans la société à plusieurs niveaux : économique, social, professionnel… Beaucoup ont quitté leur région natale, leur famille, leurs amis pour leur emploi, tous ont du confier leurs enfants à une nourrice, à la crèche ou à la garderie pour respecter les horaires de leur entreprise. L’emploi et la vie de l’organisation sont donc au centre des croyances individuelles car ils guident les choix de chacun et leurs donnent du sens.

On observe généralement quatre phases d’évolutions psychologiques lors de la perte d’emploi : le déni, la colère, la déprime et le rebond.

Le déni est un refus d’intégrer la réalité, il est du à la perte des repères et à la remise en question des croyances décrites ci-dessus. L’individu ignore les signes précurseurs, croit qu’une solution sera trouvée, n’imagine pas faire parti des licenciés.

La colère apparaît une fois le licenciement annoncé, elle se dirige sur les différents acteurs en lien avec la situation : l’encadrement, les ressources humaines, les syndicats, l’Etat mais aussi ceux qui ont échappé au licenciement.

La déprime est une phase plus ou moins longue, elle s’accompagne d’un sentiment de mélancolie, de tristesse, de dévalorisation et de perte de confiance en soi.  Si l’individu ne dispose pas des ressources nécessaires pour entamer la phase de rebond, cette situation peut se transformer en syndrome anxio-dépressif.
 

Et ceux qui restent

Après la période de grand stress qui précède l’annonce du nom des licenciés, s’amorce une phase de sidération lorsque les ‘sauvés’ pénètrent à nouveau dans leur entreprise, vidée de leurs collègues.

Le soulagement laisse rapidement place à la culpabilité, accentuée par la proximité affective vis-à-vis des licenciés: « Pourquoi m’avoir choisi moi et pas lui ? », « Je ressens du soulagement alors que mon collègue a perdu son emploi… ».

La recherche du sens des choix de la direction entraîne certains vers une conduite paranoïaque : « Vous ne trouverez pas un seul salarié prêt à témoigner, ils sont tombés dans la paranoïa, ils ont des enfants, des familles et craignent pour leur poste » (Danielle Linhart, sociologue au CNRS au laboratoire Genre, travail, mobilités).

Les ‘épargnés’ des licenciements collectifs subissent donc, eux aussi, d’importantes souffrances mais contrairement aux licenciés, ils ne peuvent en parler car finalement, ‘ils ne sont pas à plaindre ». Cette non reconnaissance du traumatisme est une problématique majeure de leur situation.
 

Rebondir

Le rebond implique le passage d’un changement subi (la perte d’emploi) vers un changement choisi (nouveau travail) et la transformation du statut de ‘victime’ en celui ‘d’acteur’.

Il s’agit donc de dépasser la phase dite de ‘marchandage’ dans laquelle l’individu est prêt à accepter tout nouvel emploi alimentaire (afin de stopper les angoisses dues au chômage) pour s’engager dans une réflexion sur soi dans une sorte de processus d’inventaire des possibles : compétences, points forts, sources de motivation etc…

Cette phase de renarcissisation est essentielle, elle redore l’estime de soi, permet au sujet d’appréhender la réalité du marché de l’emploi et de ‘critiquer’ son profil tout en conservant sa capacité d’action. Il sera ainsi progressivement en mesure de s’adapter aux besoins d’une nouvelle entreprise et d’un nouveau poste.
 

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