Psychologie

Accidents, comportements sexuels non protégés, consommation de drogues ou mise en danger physique : pourquoi les adolescents flirtent-ils si souvent avec le danger ? Au-delà d’un simple goût de l’interdit, la psychologie analytique permet de mieux comprendre ce moment charnière où le sujet tente de se construire.

L’adolescence, ce moment de bascule

Freud parlait de l’adolescence comme d’un « moment de remaniement pulsionnel ». C’est une période où les pulsions, réveillées par la puberté, viennent ébranler l’équilibre psychique que l’enfant avait péniblement construit. L’adolescent n’est plus un enfant, mais pas encore un adulte ; il vit un temps de transition, souvent marqué par une grande confusion intérieure. Ce remaniement s’accompagne d’un besoin impérieux d’expérimenter, de tester, parfois au mépris du danger.

Les conduites à risque deviennent alors un moyen – souvent inconscient – de tenter de répondre à une question centrale : « Qui suis-je ? » À travers le danger, l’adolescent cherche ses limites, tout en interrogeant celles que l’Autre (les parents, la société, la loi) lui impose.

Un appel adressé à l’Autre

Dans une perspective lacanienne, le risque pris par l’adolescent peut être lu comme un message adressé à l’Autre. Lacan affirme que « le désir du sujet, c’est le désir de l’Autre » : autrement dit, l’adolescent cherche dans le regard de l’Autre (parents, professeurs, pairs, société) une reconnaissance de son existence et de son désir. Prendre des risques, c’est se rendre visible, c’est provoquer une réaction – une réponse.

Ces comportements peuvent ainsi traduire un manque dans le discours parental ou symbolique : l’adolescent, en se mettant en danger, tente d’inscrire quelque chose là où il y a un vide, un silence. Ce que l’on interprète comme de la provocation est souvent un cri muet, un appel à une parole qui viendrait symboliser son malaise.

Transgression et structuration du sujet

Du point de vue freudien, la transgression est aussi une manière de se confronter à la loi pour mieux s’en approprier les contours. L’interdit est constitutif du sujet : c’est en butant contre les limites qu’on les reconnaît, et qu’on se constitue comme sujet désirant. La conduite à risque n’est donc pas toujours un symptôme pathologique, mais peut faire partie du travail de subjectivation.

Cependant, lorsque la loi symbolique ne tient plus – parce qu’elle est absente, trop rigide, ou incohérente – l’adolescent peut glisser vers des passages à l’acte destructeurs. Ces moments où l’agir prend le pas sur la parole doivent alerter. Ce n’est pas tant le risque en soi qui est préoccupant, que l’impossibilité d’en dire quelque chose, de l’inscrire dans une histoire subjective.

Écouter sans juger : le rôle des adultes

Face à ces conduites à risque, l’écoute est essentielle. Il ne s’agit pas de moraliser ni de réprimer à tout prix, mais d’entendre ce que l’adolescent tente d’exprimer. Cela suppose de ne pas réduire son comportement à une simple opposition ou à une pathologie, mais d’ouvrir un espace où sa parole puisse advenir.

Le psychanalyste ne répond pas avec des normes, mais avec un cadre où le sujet peut se dire. C’est dans ce dialogue possible que le risque cesse d’être pure destruction pour devenir, parfois, une occasion de construction.

En conclusion : le risque, une tentative d’exister

Les conduites à risque de l’adolescent, si elles inquiètent, sont aussi le signe d’une tension psychique vitale. Elles révèlent un sujet en quête de place, de reconnaissance, de limite et de sens. Plutôt que de les condamner ou de les banaliser, la psychanalyse invite à les interpréter comme autant de tentatives – maladroites mais nécessaires – d’entrer dans le langage et dans le désir.

Trouver un psy