Expliquer son métier : une clé pour exister socialement

Dans une société où l’identité professionnelle occupe une place centrale, la question « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » revient souvent comme un point de départ des échanges. Expliquer son métier devient alors bien plus qu’une formalité : c’est un moyen d’exister aux yeux des autres, de se situer socialement, voire de trouver une forme de reconnaissance. Mais pourquoi est-il parfois si difficile de décrire ce que l’on fait ? Et qu’est-ce que cela dit de notre besoin d’appartenance ?
Le travail comme miroir social
Dès l’enfance, on associe l’activité professionnelle à une représentation de soi : le pompier, la professeure, la vétérinaire… À l’âge adulte, le métier devient un marqueur fort dans nos interactions. Il permet aux autres de nous situer rapidement dans un univers de références : niveau d’études, environnement de travail, statut économique ou aspirations personnelles.
Expliquer son métier, c’est donc souvent répondre à un besoin implicite d’identification. On se raconte à travers ce que l’on fait, mais aussi à travers ce que cela représente pour les autres. Ce n’est pas un hasard si certains métiers suscitent admiration, confusion ou parfois incompréhension : leur visibilité sociale varie, tout comme la facilité à les raconter.
Quand le métier ne parle pas de lui-même
« Je suis UX designer », « Je travaille dans la data », « Je suis médiateur culturel »… Pour de nombreuses personnes, mettre des mots simples sur leur travail peut vite tourner au casse-tête. Certains métiers récents, techniques ou transversaux ne bénéficient pas d’une image claire dans l’imaginaire collectif. Résultat : on se retrouve à bricoler des explications, à simplifier ou à caricaturer ce que l’on fait, au risque de se sentir mal compris.
Ce flou peut générer un sentiment de décalage, voire d’isolement. Quand on peine à expliquer son métier, on peut avoir l’impression de ne pas exister pleinement dans le regard de l’autre. D’où l’importance de trouver les bons mots, non pas pour « vendre » son métier, mais pour le faire exister dans l’échange.
Exister, c’est aussi être reconnu
La capacité à parler de son travail ne dépend pas seulement de l’intitulé du poste, mais aussi du regard que l’on porte sur soi. Certains ressentent le besoin de légitimer leur activité, surtout si elle n’est pas perçue comme prestigieuse ou utile. D’autres minimisent ce qu’ils font, par crainte du jugement ou parce qu’ils estiment qu’ils « ne font rien d’exceptionnel ».
Ce rapport à l’explication de son métier reflète une quête de reconnaissance. Être écouté, compris et valorisé dans ce que l’on fait permet de renforcer son estime de soi. Cela participe à une forme d’intégration symbolique : je suis utile, je fais partie du collectif, j’ai une place.
Trouver les bons mots pour se dire
Expliquer son métier, c’est aussi apprendre à raconter une histoire – la sienne. Cela suppose parfois de reformuler, de vulgariser, d’illustrer par des exemples concrets. Ce travail de mise en récit est essentiel : il aide non seulement à être compris, mais aussi à mieux comprendre soi-même ce que l’on fait.
Se raconter, ce n’est pas seulement parler de son métier, mais aussi affirmer une identité. Dans un monde où les repères professionnels évoluent sans cesse, savoir dire ce que l’on fait devient une forme de pouvoir symbolique. C’est un moyen d’exister, dans la parole, dans l’échange, dans le regard de l’autre.