Psychologie

Les films X ont un public hétérogène mais très majoritairement masculin. Quel est l'impact de leurs contenus ? Quelles représentations de la sexualité véhiculent-ils ? Comment soutiennent-ils les désirs ? Quels rôles tiennent-ils dans l'instauration des fantasmes ?
 

Un enchaînement de pratiques

Aujourd'hui, les films X hétérosexuels sont construits sur une triade obligatoire : fellation, coït, sodomie. Ils usent de ressorts identiques et appauvrissent l'imaginaire érotique. Ils définissent une norme du rapport sexuel, un motif immuable du fantasme. Les spectateurs sont amenés à penser que leur sexualité doit obéir aux codes du film X. Il y a quelques années, le film X s'articulait autour d'un scénario, même s’il était souvent limité. Aujourd'hui, il n'est qu'une succession de plans sans liens narratifs : simple démonstration d’une performance. Celle-ci appelle une tendance au "toujours plus" : taille des pénis et des seins, des partenaires, de la quantité de sperme, voire de la violence des rapports. 

Cette tendance est à mettre en rapport avec le fait que la pulsion est sans limite. Le film X y répond en proposant une extension illimitée de nos intérêts . A chacun de nos désirs sexuels répondrait une scène, un visuel. Internet pousse plus loin cette logique en indexant chaque fantasme, qui devient directement accessible via un moteur de recherche. Un désir nous traverse : nous trouvons instantanément sa satisfaction après une simple requête sur la toile.
 

Le jeu des genres

Dans les films X, la femme est un faire valoir de ses partenaires. Plus sa féminité est excerbée plus l'homme qui la domine est perçu comme puissant. Son asservissement apparaît évident au spectacle des pénétrations brutales et, surtout, des éjaculations faciales, répétées dans presque chaque fin de séquence. Le public de ces films étant masculin, il importe que les mâles soient mis en valeur. Le principe de fonctionnement fondamental de la pornographie est l’identification. Le spectateur se fantasme en lieu et place de l'acteur. C'est en s'identifiant au dominant que l'homme croit pouvoir dépasser "la menace de castration" qui structure son psychisme masculin.
 

L'homosexualité latente

Dans la pornographie, une place particulière est donnée au pénis. Les acteurs sont présentés par leurs mensurations hors du commun, le plus souvent mensongères. Outre le fantasme de domination sous-tendu par cette exagération, cela montre l'obsession portée au pénis. On trouve, dans ces vidéos, une identification spécifique à l'organe. Cet attrait pour l'homme et plus particulièrement son sexe révèle une bisexualité psychique. Il exprime le fantasme homosexuel inconscient présent chez tout homme. Ces dernières années, la multiplication des actes de triolisme (2 hommes + 1 femme) soutient encore cet imaginaire. A regarder la promiscuité masculine présente lors de ces plans, il est indéniable qu'une certaine "homosensualité" est mise en scène.
 

Une image qui tient lieu d'autre

De plus, le film X prône une relation très restrictive. L'excitation recherchée n’a rien de commun avec l'ébullition d'une rencontre et d'un acte sexuel réels. Le spectateur est en fait dans un rapport passif au plaisir. Cette jouissance passive, si elle prend trop d’importance dans l’existence du spectateur, entraîne une désaffection pour les rapports réels. Avec l'avènement d'Internet, l'image sexuelle devient si présente que nous sommes tentés d'opter pour la facilité d'une sexualité sans autre objet que son effigie. L'image est préférée au réel qui peut être frustrant.
 

Une part d'infantile

Dans ces films, la caméra filme en gros plans. Ils enlèvent au corps son unité. Chaque partie paraît indépendante, isolée, séparée des autres. La vision est mise sur un piédestal au détriment des autres sens. Le toucher, l'odorat et le goût restent insatisfaits. Nos pulsions perdent de leur diversité. Le film X signe l'avènement de la pulsion partielle, celle de voir. Mais aux pulsions partielles ne répondent que des satisfactions partielles

De plus, en voyant d'autres personnes pendant leurs ébats sexuels, nos représentations inconscientes d'une scène particulière sont réactivées. C'est celle qui nous a donné naissance et que notre Œdipe a refoulé : la scène primitive. En contournant le refoulement, le film X répond enfin à nos questions infantiles irrésolues. Notre attrait pour le cinéma porno apparaît donc comme le pendant d'une curiosité d'enfants demeurée active chez les adultes que nous sommes devenus.
 

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