Comportements excessifs et petite enfance

Contrairement au nouveau-né, l’adulte dispose d’un psychisme organisé. Pourtant, nos comportements témoignent parfois des résurgences des mécanismes primaires.
Manifestations
Mélanie Klein éprouva les théories freudiennes en observant ses propres enfants. Ses descriptions du psychisme du nouveau-né, aux prises avec les pulsions de vie et pulsions de mort, furent essentielles dans la compréhension des pathologies psychotiques.
Les mécanismes primaires acquièrent en effet avec l’âge des formes plus complexes mais restent constamment actifs. Il en est ainsi des moments où nous sommes aux prises avec un accès de colère et tentons d’expulser un trop plein de frustrations et de rages en dehors de nous-même par le cri, l’agressivité, les pleurs intenses ou le dépassement de soi dans certains actes sportifs.
Il nous arrive parfois de ressentir une telle haine envers un individu ou un organisme qu’on s’imagine le ou la ‘pulvériser’, terme symbolisant parfaitement la volonté de morcellement. Et que dire de l’intensité de certaine crise de jalousie ; pulsion primitive et meurtrière assise sur le vécu ou le ressenti qu’une personne nous a privés ce qui nous appartenait.
Dans un tout autre registre mais non moins véridique, qui n’a jamais insulté l’outil plutôt que soi-même, devant son échec à réaliser le geste voulu et dans un juron rappelant manifestement une présence féminine (comprenez maternelle) ? N’est ce pas là une manifestation primaire du mécanisme de projection ?
Pulsions et ‘objets’
Klein observa les manifestations des pulsions de mort (Thanatos) chez le nouveau-né, plus nombreuses et intenses que les pulsions de vie (Eros) suite au traumatisme de la naissance. Elle fit l’hypothèse d’une lutte entre ces deux tendances et dont la résolution dépend de la qualité des soins prodigués par l’entourage du bébé.
Ainsi le nourrisson tendrait à expulser toute tension ‘en dehors de lui’ et à se saisir avidement de tout moyen d’apaisement, mécanismes correspondant aux systèmes d’introjection et de projection freudiens sur des ‘objets’ psychiques clivés en bons et mauvais.
Klein utilise le terme de ‘sein’ pour désigner l’objet primordial assurant la survie du bébé. Chaque objet est dit ‘partiel’ car il peut alternativement être vécu comme bon ou mauvais, et être intégré au Moi ou expulsé en dehors. Le ‘sein’, comme tout objet, est donc clivé par le nouveau-né en un ‘bon sein’ lorsqu’il soulage la frustration et en un ‘mauvais-sein’ lorsqu’il n’y répond pas.
Ce processus de clivage se complexifie dans la mesure où le Moi n’est pas encore intégré en un tout unique lors de ce stade précoce. Le Moi naissant est donc lui aussi susceptible de se cliver, de se morceller. Klein en déduisit qu’il était ‘schizoïde’, c'est-à-dire fait de morceaux éparpillés. Le Moi primitif a donc une action de morcellement, il peut être clivé pour projeter le ‘bon objet’ à l’intérieur ou expulser le mauvais dans une volonté de destruction.
Fonctionnements paranoïdes
Ils existent dans une fonction défensive contre les pulsions de mort du nourrisson. Ces mécanismes se manifestent par l’assimilation des ‘mauvais objets’ à des persécuteurs ressentis par le bébé comme susceptibles de mettre le Moi en péril.
Par exemple, si le ‘sein’ fait attendre le bébé lorsqu’il ressent la faim, l’objet est clivé et devient le ‘mauvais sein’, toutefois, si cette frustration se prolonge, il n’est pas rare de voir le nouveau-né refuser la tétée. Cela se produit car l’activité de morcellement, initialement porté sur le ‘sein’, s’est propagée au Moi, dans un vécu de persécution du ‘mauvais sein’. Tout se passe comme si le bébé fantasmait que l’apaisement lui était sadiquement refusé par le ‘sein’, qui devient ainsi la cible des projections destructrices du Moi clivé et perd sa stabilité interne.
Un entourage privant le nouveau-né de satisfactions est donc d’une grande toxicité pour celui-ci, il l’expose en effet aux vécus douloureux des pulsions de mort dont la première des conséquences sera la transformation de son environnement en ‘mauvais objet’. Si le bébé est laissé face à ces angoisses trop longtemps et sans recours, le Moi, comme l’objet deviendra mauvais, l’agressivité de la pulsion de mort devenant alors première. Ces morcellements et clivages primitifs se retrouvent très clairement dans les pathologies psychotiques à l’âge adulte.