Psychologie

L’engagement dans une thérapie est nécessairement source de changements : modifications de réactions émotionnelles, évolution des intensités affectives, questionnement sur soi, sur son entourage, sa vie, ses choix… l’ensemble des thérapies, quelle que soit la technique mobilisée, a pour objectif de permettre un changement. A bien y réfléchir, qu’il s’agisse d’une évolution, au sens d’épanouissement ou de développement du sujet, n’y change rien ; effectivement, le psychologue devient obligatoirement une personne qui compte dans la vie de son patient, et dont l’activité engendrera des conséquences. Mais peut-on dire, pour autant, que les psychologues sont des manipulateurs ? Certains le pensent alors que pouvons-nous en dire ?

Manipuler ?

Beaucoup de demandes de consultation font suite à des souffrances dont les patients ne n’arrivent pas à se défaire ou du fait de comportements ou attitudes adoptés malgré eux et qu’ils ne parviennent pas à enrayer. Dans les deux cas, on peut considérer qu’il s’agit de personnes en situation de vulnérabilité soit parce qu’elles sont égarées et isolées, soit parce qu’elles sont en perte de confiance, en incapacité de faire les bons choix ou encore en incompréhension face aux réactions de leur corps (physique et psychique).

Dans ces situations, l’appel au psychologue peut alors être comparé à un appel au secours : l’orientation ne s’est pas faite ‘naturellement’ mais après de nombreuses démarches pour « résoudre le problème » sans y parvenir. Mais alors, si la thérapie apparaît comme une tentative de la dernière chance, cela place d’emblée le psychologue dans une position de sauveur : celui, qui, enfin, délivrera de la souffrance, grâce auquel on se sentira libéré.

Comprendre le travail des psychologues sous cet angle revient effectivement à les percevoir comme des manipulateurs. Manipulateurs, non pas au sens pervers du terme, mais au sens de personnes dont les actes et paroles ont pour objectifs d’influencer le patient, même si ces influences se destinent à réduction des maux.

De notre point de vue, le psychologue thérapeute, du moins clinicien et psychanalyste, fait exactement le contraire que manipuler son patient. Nous allons tenter d’expliciter notre position.

La déontologie professionnelle

Le métier de psychologue est régi par un code de déontologie dont les premières phrases sont les suivantes : « Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action du psychologue. » Il se poursuit ainsi : « Le psychologue réfère son exercice aux principes … sur les droits fondamentaux des personnes… et particulièrement de leur dignité, de leur liberté et de leur protection….Il n’intervient qu’avec le consentement libre et éclairé des personnes concernées. »

Ces mots ont un sens profond particulièrement éclairant pour la question qui nous occupe. « Le consentement libre et éclairé », « le respect de la personne » ; cela signifie que le psychologue ne se positionne jamais en tant que « sachant », ne se positionne jamais en tant que « conseiller » et encore moins en tant « qu’expert » d’un domaine. Le psychologue ne dit jamais au patient ce qu’il doit faire.

Il l’amène à se questionner sur ses propres ressentis, sur son histoire, ses attitudes, ses choix, sur les raisons qui le poussent à accepter tel système ou à rejeter telle possibilité.

Libérer

Une thérapie clinique et encore davantage une psychanalyse sont des portes ouvertes vers des chemins menant à une découverte de soi. Elles ont pour objectif, non pas d’influencer, mais à l’inverse, de rendre au patient sa liberté : la liberté de faire ses choix en dehors de toute pression sociale, familiale ou environnementale, mais aussi (et surtout pourrait-on dire) en dehors de ses propres influences intérieures (la peur d’échouer qui empêche de s’engager dans une formation qui pourtant mène au métier que l’on a toujours désiré exercer ; le besoin de réparer l’image du père que l’on rejoue en choisissant systématiquement des conjoints violents pour réussir, cette fois, à les changer…)

Pour reprendre l’expression, une thérapie n’est pas un ‘long fleuve tranquille’. Si la posture de bienveillance est essentielle à la conduite du psychologue, ce dernier n’est pas (et ne doit pas) être là pour faire plaisir. Un patient dont l’estime de soi est atteinte, n’entendra pas des paroles réconfortantes évoquant son esprit éclairé, ses réussites passées ou que sais-je encore. Cela est le rôle des amis, de la famille. Celui-ci du psychologue est de revenir à l’origine de cette souffrance en comprenant, avec et en même temps que son patient pourrait-on dire, quel vécu a engendré cette carence identitaire, cette faille narcissique. Ce faisant, la thérapie passe nécessairement par des moments douloureux dans lesquels des souvenirs difficiles seront ramenés en mémoire ou encore des prises de conscience qui modifieront le regard porté sur sa famille, son enfance ou encore l’éducation reçue.

A ces arguments, on pourrait s’entendre poser la question suivante : « Si le rôle du psychologue n’est pas de permettre, à la fin de la séance, que les gens aillent mieux, alors à quoi servent-ils ? » Poser de cette façon, et si l’on exigeait une réponse en ‘oui’ ou ‘non’ ; alors effectivement, on oserait répondre par la négative : non, le rôle du psychologue n’est pas que le patient aille mieux en sortant de son cabinet, il est de lui permettre de ‘se travailler’, c’est-à-dire de travailler ses mots, ses blessures, ses souffrances, ses carences… de façon à les ‘construire’, au sens de les mettre en sens, de les comprendre, de les maîtriser.

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