Le couple peut-il survivre à l’infidélité ?

L’infidélité, qu’elle soit physique ou émotionnelle, agit souvent comme un séisme dans la vie du couple. Du point de vue freudien, elle vient réveiller une blessure narcissique profonde chez la personne trompée. Le partenaire trahi ne souffre pas seulement de la perte de confiance ; il voit son image d’objet d’amour exclusif mise à mal. Freud évoquait déjà dans ses travaux que l’amour repose en partie sur l’idéalisation de l’autre et de soi-même dans le regard de l’autre. La trahison brise cet idéal.
Ce choc peut réactiver des conflits infantiles, des blessures d’abandon ou des sentiments d’insuffisance enracinés dans l’histoire personnelle du sujet. L’infidélité devient alors un symptôme, révélateur de failles plus anciennes.
Pourquoi trahit-on ?
Il serait simpliste de réduire l’infidélité à un simple manque d’amour ou à une pulsion sexuelle non maîtrisée. La psychanalyse nous invite à explorer ce qui, dans l’inconscient, pousse un sujet à trahir. Parfois, l’infidèle cherche à fuir une angoisse de castration, une sensation d’étouffement dans la relation ou une répétition de scénarios familiaux non résolus. L’infidélité peut alors apparaître comme un acte de sabotage, voire de communication déformée d’un mal-être plus profond.
Freud écrivait : « Dans le choix d’objet, nous sommes guidés par les traces de notre enfance. » L’amant(e) devient parfois le miroir d’un désir archaïque, refoulé dans le cadre du couple officiel.
Peut-on vraiment « réparer » ?
Le pardon, dans une perspective freudienne, ne se donne pas à la légère. Il implique un travail psychique de déconstruction puis de reconstruction. Pour que le couple survive, il faut que les deux partenaires puissent mettre des mots sur la blessure, en comprendre les causes, et surtout en dégager un sens.
Ce processus est long. Il suppose que chacun accepte de remettre en question ses positions subjectives : le trahi doit renoncer à l’idéal d’un amour sans faille, l’infidèle doit reconnaître sa responsabilité sans sombrer dans la culpabilité stérile. Le couple peut alors entrer dans une nouvelle phase, plus mature, moins idéalisée, mais peut-être plus authentique.
Une renaissance possible… mais pas automatique
Tous les couples ne survivent pas à l’infidélité, et ce n’est pas nécessairement un échec. Pour certains, la séparation peut représenter une libération et une voie vers une individuation plus cohérente. Pour d’autres, traverser la crise peut être l’occasion d’un renouveau, d’une parole plus libre, d’un désir ravivé.
Le rôle d’un accompagnement thérapeutique, notamment en psychanalyse, peut s’avérer crucial dans ces moments de bouleversement. Il permet d’écouter ce que la trahison révèle de l’inconscient, et d’ouvrir un espace pour que le sujet – et éventuellement le couple – se réapproprie une histoire où il n’est pas uniquement victime ou coupable.