Psychologie

L’adolescence est, depuis les événements de mai 68, au cœur de tous les débats qui agitent la société. Cette période naturelle de la vie est désormais bornée de manière précise. Le discours qui l’entoure est empreint de sentiments et d’attitudes ambivalents. Les méthodes prônées pour entrer en contact avec les adolescents restent controversées. Elles rejouent le plus souvent la difficulté que nous, les adultes, avons à les considérer comme pris dans un perpétuel mouvement de bascule entre l’enfance et l’âge adulte. De toutes les difficultés auxquelles ils nous confrontent, celle qui nous perturbe le plus est sûrement leur violence, qu’elle soit agie ou symbolique.

Une machinerie pulsionnelle qui s’emballe

Parmi toutes les perceptions contradictoires de l’adolescence, un constat fait l’unanimité : l’adolescence est le moment où, sortis de la période de latence, les sujets sont confrontés à un retour, parfois fracassant, de la pulsion. Celle-ci nourrit les comportements jugés excessifs qu’ils adoptent (adhésion fanatique à un mouvement ou une idéologie, tenue hypersexualisée…). Ils sont en fait aux prises avec une énergie sexuelle qui se ravive alors que les structures psychiques pour l’accueillir ne sont pas encore en place. Ils ressentent une poussée intérieure à laquelle ils ne peuvent se soustraire, et que, pour l’heure, rien ne régule. C’est sous l’effet de leur libido informe qu’ils sont contraints de remettre au goût du jour des questions qu’ils avaient déjà abordées durant la période œdipienne. C’est le remaniement identitaire adolescent.

Le chaos intérieur

Ce qui frappe chez le jeune, c’est qu’il ne sait pas encore comment faire avec le désordre pulsionnel qui l’habite. Il est aiguillonné par son désir sans pouvoir le comprendre ni même le définir. À chaque question que nous lui adressons, nous sommes surpris de ses « je ne sais pas ». Il s’agit de les entendre au pied de la lettre, car il est incapable de mettre en mots, c’est-à-dire en forme, ce qu’il ressent. Habité, voire dominé par ce marasme, il peine souvent à conserver des liens corrects avec le monde extérieur. D’autant plus quand il est pressé par ceux auprès desquels il tente à tout prix de trouver sa place : les adultes, et plus encore ses parents. Très souvent, nous le renvoyons à son incapacité temporaire à contenir les mouvements psychiques qui le traversent.

La violence, une projection du monde interne

Jour après jour, l’adolescent est enfermé de l’intérieur dans une tension qu’il supporte difficilement. Tous trouvent une solution qui leur est propre. Certains sont sidérés : c’est l’indolence, voire l’absence totale de volonté. D’autres sont rendus « toupies » par leurs angoisses et s’adonnent frénétiquement au sport. D’autres encore extériorisent leur dynamique intérieure et la projettent vers l’extérieur : c’est la source de la violence. Celle-ci est à l’image des processus en cours au cœur de leur psychisme. Elle peut prendre de nombreuses formes : physique, verbale, psychologique…

L’importance d’un cadre stable

La tempête pulsionnelle que traversent les adolescents les inquiète et les place dans un profond inconfort. Le plus difficile pour eux, c’est qu’ils se pensent et se ressentent comme incontrôlables. Ils prennent peur de leur propre violence, dont ils croient ne pas pouvoir se rendre maîtres. Très souvent, au comble de l’angoisse, ils enfreignent toutes les règles. En réalité, ils cherchent à en tester la validité et la solidité. Par là même, ils s’auto-rassurent : si les limites sont stables, elles deviennent contenantes. Elles leur offrent un filet de sécurité qui les soutient lorsque leur monde interne vacille.

Face à leurs comportements violents, il est fondamental que les adultes rappellent de manière intangible les règles du vivre-ensemble. Aucune violence n’est excusable et ne doit rester sans réponse. Il importe de ne pas les dramatiser, mais de faire entendre qu’elles sont perçues. Le travail des adultes est de proposer une autre solution, plus acceptable, au débordement pulsionnel. C’est en parvenant à transmettre les mises en forme de sa propre violence que l’adulte est le plus aidant pour l’adolescent. Dans tous les cas, il est indispensable que cette violence adolescente ne trouve pas de renforcement dans une réaction agressive de l’adulte. En effet, c’est dans l’imprégnation des comportements de contrôle des adultes que le jeune en développement trouve des réponses à opposer au désordre qu’il ressent en son for intérieur.

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