Le dessin comme voie d’accès à l’inconscient

Lors des thérapies avec des enfants et des adolescents, il est fréquent d’utiliser le dessin comme médiateur, comme un accès privilégié aux contenus latents. Lorsque l’expression verbale est insuffisante, voire impossible — en raison d’une sidération intense ou d’une souffrance indicible — le dessin devient un support précieux, révélant des éléments à interpréter sur lesquels construire le processus de soin.
L’importance de l’image
Pour Lacan, l’inconscient est structuré comme un langage. À l’image du rêve, il s’exprime à travers une succession d’images, plus ou moins cohérentes, selon les règles de l’association libre. Le dessin permet ainsi de matérialiser sur le papier les représentations qui traversent le psychisme. Dès lors que la seule consigne est de se laisser aller à dessiner ce qui vient, les productions obtenues sont souvent l’expression directe de la dynamique inconsciente.
Winnicott l’avait bien saisi en élaborant avec ses jeunes patients la technique du squiggle, ou « gribouillage partagé », où thérapeute et enfant co-construisent une image. Depuis, de nombreuses approches psychothérapeutiques ont intégré ce type de productions, précisément parce qu’elles révèlent ce qui serait autrement demeuré implicite. Certains psychanalystes ont même proposé des lectures des œuvres d’art à partir des motifs inconscients qui les structurent. Dans les années 1970, le mouvement de l’art brut a lui-même mis en lumière les liens entre fonctionnement psychique et représentation picturale.
Créer son rapport au monde
Puisque le dessin dépasse la simple reproduction du réel, il devient pertinent d’interroger les images inconscientes que nous construisons autour de certaines structures fondamentales : le corps, la famille, la maison… Les éléments présents dans un dessin peuvent révéler les fantasmes sous-jacents. Un personnage peut être doté d’une taille disproportionnée, ou d’attributs étonnants (dents de loup ou de vampire pour le père, mère enceinte, frère oublié, etc.). Ces lapsus graphiques, oublis ou déformations révèlent l’organisation psychique du sujet.
Dans certains cas, c’est même la pression de l’inconscient qui pousse à choisir un mode d’expression en particulier. Les personnes dites « douées » sont souvent celles qui, contraintes par leur fonctionnement psychique, ont élaboré une forme de catharsis spécifique. Leur création les soutient psychiquement. Il n’est pas rare que des artistes témoignent de la manière dont leur art les a « sauvés » : il canalise leurs pulsions, leur donne une direction qui évite l’éparpillement ou la submersion.
La famille : un sujet de création à part
Dessiner sa famille, c’est aussi donner forme aux fantasmes qui recouvrent ses membres. Nous sommes finalement moins en lien avec nos parents réels qu’avec l’image que nous nous en sommes construite. Observer comment cette image déforme ou embellit la réalité peut être extrêmement éclairant. C’est une manière de se découvrir, à la manière d’une analyse. Le dessin permet alors de prendre conscience de notre désir, dans ses effets de transformation sur le réel.
En comparant la représentation graphique avec la réalité, les distorsions induites par notre psychisme apparaissent clairement. Elles révèlent en creux notre fonctionnement mental. Selon nos problématiques, certains détails deviennent saillants : une figure paternelle blessée, une mère toute-puissante à la période œdipienne, etc.
L’art-thérapie : un prolongement de la psychothérapie
L’art-thérapie repose justement sur cette articulation entre processus créatif et fonctionnement psychique. Elle constitue un complément précieux aux psychothérapies traditionnelles, qu’elle vient nourrir. Il arrive fréquemment que les patients peinent à amener du matériel en séance — une manifestation typique de la résistance, décrite par Freud. La production artistique en parallèle du travail analytique permet de contourner ces blocages : elle génère des contenus nouveaux, qui pourront ensuite être interprétés et mis en mots.
Toutes les productions psychiques — dessins, peintures, sculptures — sont considérées comme autant de langages. Or, là où il y a langage, il devient possible de proposer une interprétation. Et c’est justement sur cette mise en sens que repose, pour la psychanalyse, la résolution des conflits inconscients et des souffrances qui y sont associées.