De la lutte des classes à l’individualisme
Alors que les générations précédentes vivaient dans un monde emprunt de traditions et de coutumes propres à leurs communautés sociales, la société de consommation qui caractérise notre quotidien, célèbre l’individu.
Etre remarquable
Au plan social, ce désir d’émergence de l’individu par rapport au collectif se traduit par les phénomènes de mode qui ne sont que recherche de nouveautés et différenciation des uns par rapport aux autres. Cette quête de l’unicité de soi disqualifie l’ancien et dénigre les différences invisibles (la personnalité, les valeurs, l’intellect etc…) en faveur d’un culte de l’originalité du paraître.
Dans ce mouvement interminable, les signes de réussite se sont mués en une course sans fin vers un trophée de ‘style’ qui ne peut être qu’éphémère puisque systématiquement imité par autrui dés sa présentation au monde et dés lors disqualifié puisqu’il devient collectif.
Réussir, c’est donc paraître ; paraître, c’est séduire ; séduire par la différence, par son originalité et sa capacité à de distinguer de la foule : une société valorisant donc l’éphémère et le frivole et qui se détache progressivement de ses repères collectifs et moraux, dont la stabilité dans le temps, bien qu’elle soit un signe de sa pertinence, la désigne irrémédiablement comme ‘passée de mode’.
Personnalisation et liberté en trompe-l’oeil
Le culte de la différence a permis la libération de l’individu des cadres social, familial, ou encore philosophique de son monde d’appartenance. On aurait pu espérer que cette émancipation se traduise par la conquête de nouvelles libertés individuelles, alors que notre quotidien témoigne de la présence de contrôles, certes différents, mais toujours aussi puissants.
Il s’agit notamment de l’emploi de communications insistant sur la responsabilisation de chacun face à ses choix pour lui-même et pour les autres, voire la culpabilisation lorsqu’ ‘on’ les estime mauvais (nous pouvons citer l’exemple des campagnes contre le tabagisme), il s’agit encore de la toute-puissante bureaucratie qui contrôle tellement nos vies que ses décisions se doivent d’être appliquées même lorsqu’elles sont invraisemblables : n’est ce pas le cas lorsque le propriétaire d’un tracteur se voit contraint de régler une amende pour un excès de vitesse à 140km/h sur autoroute, avant de pouvoir éventuellement contester ?
Le culte de l’individualisme s’est donc mué en une intensification des responsabilités ‘individuelles’ et une plus grande dépendance du sujet vis-à-vis de la société et de ses fantasmes : minceur, jeunesse, réussite sociale et professionnelle mais aussi possessions matérielles ou encore plus récemment temps de bien être et de relaxation…
Consommation de masse et hédonisme sociale
Les origines de notre société de consommation sont à rechercher dans les mutations du monde du travail, et plus particulièrement dans le passage à une production de masse, essentiellement fondée par Taylor et Ford.
La robotisation des procédés de fabrication a permis une augmentation de l’offre en même temps qu’une réduction des coûts, laquelle a rendu les produits accessibles à l’ensemble des couches sociales. L’hédonisme, cette philosophie de vie basée sur la recherche du plaisir et l’évitement des déplaisirs, s’est ainsi emparée de l’ensemble de la société, jusqu’à parvenir aujourd’hui à une idéologie individualiste hédoniste.
Notre réalité n’est-elle pas devenue le paradis de Narcisse ?