Vieillesse, isolement et abandon familial
« Dans notre inconscient, nous nous percevons tous comme des êtres immortels ». Sigmund Freud.
Une représentation impossible
Les conséquences dramatiques de la canicule de 2003 ont fait apparaître l’isolement de milliers de personnes âgées, délaissées par leur famille et totalement ignorées par la vie sociale de leur commune : durant cet été, 19 490 personnes décédèrent dans l’indifférence la plus totale.
Au-delà des préoccupations sanitaires soulevées par cette catastrophe, c’est la question de notre rapport à la vieillesse qui fut posée : nous tous, en tant qu’individus face à la réalité de l’âge mais, nous aussi, comme membres d’une famille dans nos relations aux générations précédentes, et enfin, nous, comme citoyens d’une société qui agit envers ses aïeux.
Freud nous apprît que l’inconscient de l’être humain est intemporel. Il met donc en œuvre divers mécanismes de défense pour nier les effets du temps qui passe et notre état de mortalité. L’évitement en est certainement le premier, il correspond à ‘éviter’ au psychisme d’être confronté à la situation problématique. Ne pas prendre soin de ses aïeux, limiter ses relations et ne pas penser à eux lorsqu’un phénomène climatique tel qu’une canicule survient, sont autant d’exemples flagrants de comportements d’évitement.
Un déni social
Le déni est un autre des mécanismes de défense, il protége le psychisme en niant la réalité du danger qui le guette. Comment ne pas retrouver les traces de cette négation de la vieillesse comme un symptôme évident de notre société ?
Le culte de l’apparence soutient aujourd’hui le mythe de l’éternelle jeunesse, à grand renfort de marketing et de publicités dans lesquelles les signes les plus évidents et les plus naturels de l’âge sont tout simplement supprimés. Une nouvelle classe d’individus sont d’ailleurs apparus et semblent se reconnaître dans le caractère des ‘sans âge’.
Sur le marché du travail également, on retrouve cette volonté parfois à peine dissimulée de se débarrasser des plus de 50 ans, devenus trop coûteux et pas assez productifs. N’est ce pas une nouvelle démonstration de l’incapacité de notre société à prendre en compte les réalités inhérentes à la vieillesse ?
La modification des liens sociaux
L’apparition des nouvelles formes de communication à distance (Internet, téléphone, téléphones portables, msn etc…), la modification d’un marché du travail qui exige de plus en plus de mobilité ou encore l’éclatement des cellules familiales avec la multiplication des divorces et des familles monoparentales, ont considérablement transformé la nature et l’intensité des liens sociaux.
Si cette mutation touche l’ensemble des tranches d’âge, elle évince automatiquement un grand nombre des personnes âgées qui ne disposent plus des ressources nécessaires (intellectuelles et parfois financières) pour suivre les évolutions technologiques. Les innovations creusent ainsi un fossé entre les générations, en créant de nouveaux modes de communication qui sont d’emblée refusés aux plus anciens.
En serait-on réduit à souhaiter que la fièvre de la consommation s’en prenne aux plus âgés et ne les dote ainsi de matériels de communication adaptés à leurs capacités, pour espérer que, enfin, renaisse le dialogue entre les générations ?