Les psychiatres psychanalystes
Historiquement, la psychiatrie et la psychanalyse entretiennent des relations houleuses. Pourtant, de nombreux médecins témoignent encore aujourd’hui d’un intérêt pour les travaux de Freud.
Histoire d’un rapprochement
Bien que le fondateur du courant psychanalytique soit psychiatre, tout comme ses illustres descendants tels Jung ou Lacan, la psychanalyse s’oppose à la psychiatrie sur de nombreux points. Elle considère en effet que les troubles mentaux s’initient dans la petite enfance et se traduisent par des conflits inconscients, là où la psychiatrie perçoit des causes anatomiques liées au cerveau et tente de décrire exhaustivement les comportements déviants.
Dans le passé, l’intérêt des psychiatres pour le modèle psychanalytique grandit en fonction des besoins des patients : considérant que leurs connaissances n’étaient pas en mesure de soulager certains troubles, les médecins se sont rapprochés de la psychanalyse, nouvelle méthode thérapeutique.
Entre les années vingt et trente, les psychiatres français ont été particulièrement influencés par la psychanalyse, notamment en réaction au développement des théories comportementales dont Pavlov fut le fondateur. Assimilées à du ‘dressage’, ces pratiques se sont vues opposées un grand nombre de troubles sur lesquels le conditionnement restait inefficace.
Des connaissances opposables
Il suffit de consulter l’annuaire professionnel pour constater qu’il existe des psychiatres dits psychanalystes. On serait en droit, donc, de concevoir leurs compétences comme le fruit d’un enrichissement entre les pratiques psychiatriques et psychanalytiques.
Malheureusement, la réalité s’approche davantage d’une reconversion totale dans le parcours des psychiatres qui semblent mettre de côté leurs premières connaissances au profit de la psychanalyse. Nombre de principes de cette dernière interdisent en effet tout compromis avec les compétences psychiatriques. C’est le cas, par exemple, du recours aux médicaments psychoactifs, normalement logique pour un psychiatre mais exclu pour les psychanalystes.
Dans la pratique, il semble donc que la cohabitation chez les psychiatres psychanalystes entre les deux conceptions, se résume souvent au profit du remboursement de la sécurité sociale auquel ouvre droit la consultation d’un médecin psychiatre mais qui travaille selon les méthodes de la psychanalyse.
Dans l’intérêt du patient
Si la mobilisation commune des compétences psychiatriques et psychanalytiques semble difficile, leurs maîtrises, lorsqu’elles se mobilisent dans l’intérêt du patient, représentent des atouts indéniables.
Il existe par exemple certains troubles pour lesquels la psychanalyse n’est pas recommandée. Il s’agit des pathologies psychiatriques sévères, des personnes dont le Moi ne semble pas suffisamment constitué et organisé ou encore des personnalités rebelles et rigides. De même, les sujets étant dans l’incapacité de se montrer réceptifs aux mécanismes du transfert, ne trouveront aucun soulagement dans une analyse.
A l’inverse, il existe des troubles pour lesquels les psychiatres montrent leurs limites. Dans le cas de la fibromyalgie par exemple, cette ‘maladie’ (non reconnue en France) se traduisant par une hypersensibilité à la douleur, des sensations de brûlures parfois intenses et pouvant conduire jusqu’à l’invalidité, les prescriptions de psychotropes s’avèrent souvent inefficaces. La psychanalyse, au contraire, permet de libérer la parole et ainsi de fournir au corps, un canal de libération de sa souffrance autre que le symptôme physique.